Une croix reliquaire byzantine intacte retrouvée à Lystra
Situé dans le district de Meram (Konya), le site antique de Lystra, aujourd’hui connu sous le nom de Kilistra, livre de nouveaux secrets sur la dévotion médiévale. Une campagne de fouilles récente, menée par l’université Necmettin Erbakan sous la direction du professeur İlker Mete Mimiroğlu, a permis d’exhumer une croix-reliquaire en bronze d’une rareté exceptionnelle. Contrairement aux objets habituels souvent endommagés, cette pièce demeure hermétiquement close, préservant son contenu original depuis plus d’un millénaire.
Les racines romaines et le rayonnement biblique de Lystra.
L’entrée de Lystra dans l’histoire se fait sous l’Empire romain avec la fondation de la Colonia Iulia Felix Gemina en 6 avant notre ère. Cette colonie stratégique visait à sécuriser les routes commerciales et militaires de la province de Galatie. Sur le plan spirituel, Lystra occupe aussi une place majeure dans le christianisme. Elle fut une étape clé des missions de Paul en 48 et 51. Il y aurait trouvé refuge après avoir fui les persécutions à Iconium, et y réalisa des miracles et y recontra son principal disciple, Timothée. Mentionnée plusieurs fois dans la Bible, Lystra devint un important centre religieux dès l’antiquité tardive et le début de la période byzantine.
Durant le Moyen Âge, la cité est le siège d’un évêché et demeure un lieu de pèlerinage important. Ce statut a perduré jusqu’au déclin de la communauté chrétienne locale, suivant le passage de la région sous autorité musulmane à la fin du XIe siècle. L’ancienne cité finit par être complètement abandonnée, mais l’Église catholique maintient toujours Lystra au rang de siège titulaire en hommage à son importance historique.
Aujourd’hui, le site est connu sous le nom de Kilistra, à proximité du village de Gökyurt. De nombreux vestiges archéologiques y sont visibles, notamment des habitats et des églises troglodytes rappelant la Cappadoce.
Analyse de la croix-reliquaire intacte du IXe-XIe siècle
L’artefact découvert appartient à la période byzantine moyenne (843-1204). Fabriquée en bronze et assemblée par rivetage, cette croix pectorale se distingue par une ornementation géométrique sobre, loin des représentations humaines sophistiquées de l’élite de l’époque. Cette simplicité suggère une appartenance à un membre du clergé local ou à un fidèle dévot. La préservation totale de l’objet constitue une opportunité scientifique inédite, la plupart des reliquaires similaires ayant été victimes de pillages ou de la corrosion au fil des siècles.

Préservation et mystères du contenu interne
Les archéologues ont privilégié une méthode de conservation non invasive. Plutôt que de forcer l’ouverture du boîtier riveté, l’équipe a effectué une inspection par les interstices naturels. Si aucun reste osseux n’est visible, la présence d’un fragment de tissu a été confirmée. Il s’agirait d’une brandea, un textile sacré ayant été en contact avec une relique ou un lieu saint pour offrir une protection spirituelle. Ce choix technique respecte l’intégrité de l’objet telle que conçue par les artisans médiévaux.

Bien que les structures rupestres de Kilistra, comme son église à croix sculptée et ses habitations troglodytes, soient connues, la zone urbaine située sur la colline d’Alusumas reste largement à explorer. Le soutien du ministère turc de la Culture et du Tourisme permet de poursuivre les recherches sur ce site encore méconnu des archéologues du XXIe siècle. Ces découvertes documentent de façon précise l’artisanat et la ferveur religieuse en Anatolie, offrant un nouveau regard sur la transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge.
Source (en anglais) ici.

