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Une tombe zapotèque millénaire découverte à Oaxaca : la trouvaille de la décennie au Mexique

C’est une découverte majeure pour l’archéologie mésoaméricaine, au point que la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum Pardo, parle même de « découverte archéologique la plus importante de la dernière décennie au Mexique ». En janvier 2025, les experts de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH) ont dévoilé un complexe funéraire zapotèque dans un état de conservation exceptionel, datant des années 600 de notre ère, dans la municipalité de San Pablo Huitzo, au cœur des vallées centrales d’Oaxaca. Un signalement anonyme de pillage a permis aux archéologues d’intervenir juste à temps pour sauver un témoignage unique de la culture des Zapotèques, le « Peuple des Nuages » dont la civilisation, centrée autour de la cité de Monte Alban, était l´une des plus florissantes du Mexique préhispanique entre -600 et la conquête espagnole après 1521.


Le hibou de la mort : gardien de la tombe.

L’élément le plus saisissant de la structure se trouve à l’entrée de l’antichambre. Une sculpture monumentale de hibou aux yeux écarquillés accueille les visiteurs. Dans la mythologie zapotèque, ce rapace symbolisait la nuit, le pouvoir et la mort. Le bec de l’oiseau s’ouvre pour laisser apparaître le visage peint d’un seigneur zapotèque. Selon l’INAH, cette mise en scène suggère que l’animal transporte l’âme de l’ancêtre honoré dans ce lieu sacré.

Sculpture de hibou d'une tombe zapotèque

Des sculptures et des fresques remarquables.

Le hibou n’est pas la seule sculpture remarquable de la sépulture. Le passage entre les deux chambres de la tombe est lui aussi un chef-d’œuvre architectural. Le linteau de la porte est orné d’une frise composée de dalles de pierre gravées. On y trouve des « noms calendaires », un système complexe où les divinités et les personnages importants étaient nommés selon leur jour de naissance dans le calendrier rituel. Sur les montants de la porte, des figures d’un homme et d’une femme portant des coiffes élaborées semblent monter la garde. Les experts de l’INAH suggèrent que ces personnages pourraient être les ancêtres enterrés ici ou des gardiens symboliques du palais funéraire, protégeant le repos éternel des défunts.

À l’intérieur de la chambre funéraire, les murs ont conservé leurs pigments d’origine malgré le passage des siècles. Des peintures murales en ocre, vert, rouge et bleu illustrent une procession funéraire. On y voit des personnages transportant des ballots de copal, une résine d’arbre utilisée comme encens sacré lors des cérémonies. Cette découverte ouvre une fenêtre sur la vie spirituelle des Zapotèques. Comme le souligne Claudia Curiel de Icaza, secrétaire à la Culture :

« C’est une découverte exceptionnelle par son niveau de préservation et ce qu’elle révèle sur l’organisation sociale et la vision du monde zapotèque. »

Claudia Curiel de Icaza, secrétaire mexicaine à la Culture.


La conservation de la tombe, un défi pour l’avenir.

La tombe, ses sculptures et fresques, témoigne de la grandeur de la civilisation zapotèque et de son organisation sociale complexe. Néanmoins, elle reste fragile. Si elle a pu échapper au pillage et aux déprédations qui s’ensuivent souvent, elle fait face à d’autres menaces. Les archéologues doivent ainsi lutter contre l’humiditém les insectes et les racines qui menacent la stabilité des structures et des peintures.

Une équipe interdisciplinaire analyse également les quelques ossements et fragments de céramique retrouvés, afin de mieux comprendre l’identité des occupants.

La découverte fortuite de cette sépulture à San Pablo Huitzo contribue cependant à enrichir notre compréhension de l’une des civilisations les plus remarquables du Mexique préhispanique, dont les descendants continuent d’habiter dans la région.

Crédits photographiques: INAH

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