1500 squelettes trouvés dans des charniers médiévaux près de Prague

Les archéologues tchèques ont fait une découverte – certes quelque peu macabre – mais tout de même spectaculaire dans les faubourgs de Kutna Hora, à une soixantaine de kilomètres de Prague : 30 charniers du Moyen-Âge tardif, contenant au total près de 1500 squelettes. Bien que de telles trouvailles soient plutôt communes en Europe – où le XIVe siècle a été marqué par une mortalité de masse – il s’agirait cependant d’un record sur le vieux continent.

L’ossuaire de Sedlec.

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Intérieur de l’ossuaire.

Cette chapelle, qui est aujourd’hui une des principales attractions touristiques de la république tchèque, a été construite initialement dans les années 1400 et contient entre 40 et 70000 squelettes humains. A la fin du XIXe siècle, ils ont été arrangés pour décorer l’église, lui assurant une célébrité qui n’était cependant pas nouvelle.

En effet, ce n’est pas un hasard si autant d’ossements se trouvent réunis au même endroit. La raison en est ancienne : en 1278, le roi Ottokar II de Bohême dépêche Henri, supérieur de l’abbaye cistercienne de Sedlec, en Terre Sainte. Le religieux en revient avec de la terre prise sur le mont Golgotha, lieu de la crucifixion du Christ, et la répand dans le cimetière de son monastère. La rumeur se répand et dans toute l’Europe centrale, nombreux sont ceux qui souhaitent y recevoir sépulture.

La découverte de centaines de squelettes.

Le sol de la chapelle de Sedlec est situé au-dessous du niveau du terrain avoisinant. C’est lors de travaux de réparation au cours desquels on a creusé dans le cimetière environnant pour atteindre les parties inférieures des murs, que les premiers squelettes ont commencé à apparaître.

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Une des fosses près des fondations de l’ossuaire.

Ils flanquaient tout le côté nord de l’ossuaire, et partiellement ses côtés ouest et est. Les fondations de la chapelle ont été creusées dans ces fosses communes et les ont partiellement endommagées.

Le sol de la chapelle est situé au-dessous du niveau du sol, et c’est lors de travaux de réparation, au cours desquels les ouvriers ont creusé dans le cimetière environnant le bâtiment pour accéder aux fondations du bâtiments, que les squelettes ont été trouvés. Ils flanquaient tout le côté nord de l’ossuaire, et partiellement ses côtés ouest et est, ce qui montre que les fondations de la chapelle, construire vers 1400, ont endommagé les fosses se trouvant à cet endroit – les chercheurs pensent qu’à cette époque, on avait déjà perdu le souvenir de l’existence de ces sépultures communes.

Une trentaine de fosses ont été identifiées par les archéologues ; elles mesurent généralement 2 mètres sur 2, et atteignent 2,5 à 3 mètres de profondeur. Chacune d’entre elle abritait entre 50 et 70 individus. Mais pourquoi les contemporains ont-ils eu recours à de telles inhumations, peu courante à une époque où les rituels funéraires ont leur importance et sont individualisés ?

Deux épisodes tragiques du XIVe siècle.

La raison est bien connue : le XIVe siècle est une période de crise, et les inhumations au cimetière de Sedlec correspondent à deux épisodes particulièrement dramatiques.

enterrements grande peste 1348 Tournai
Les habitants de Tournai enterrent leurs morts lors de la grande peste.

Le premier remonte à une grande famine qui affecta la région – ainsi qu’une grande partie de l’Europe – en 1318. Les fosses plus tardives sont en revanche liées au années 1348-1350 : à cette époque, la grande peste noire ravage l’Europe, déciment 30 à 50% de sa population, soit entre 25 et 45 millions de personnes.

Les chercheurs n’ont trouvé que peu d’objets accompagnant les défunts, à l’exception de quelques pièces et de boucles de métal. Ils en déduisent que les morts ont été enterrés à la hâte, ce qui n’est pas surprenant dans un contexte épidémique. La construction de la chapelle à l’emplacement de ces sépultures, quelques décennies plus tard, leur laisse aussi penser que leur souvenir s’était déjà estompé et qu’elles n’avaient pas dû être marquées par des signes extérieurs pérennes.

Un échantillon représentatif de la population de l’époque.

Les chercheurs pensent que d’autres fosses reposent encore sous la chapelle, qui a été édifiée par dessus, mais elles ne sont pas accessibles sans endommager le bâtiment.

Mais même si elle reste incomplète, une telle découverte est très intéressante pour les archéologues. En effet, l’étude des squelettes pourrait fournir des informations sur une échantillon significatif de la population de la région à deux époques différentes. Les chercheurs envisagent des analyses isotopiques des os et des dents, afin d’en savoir plus non seulement sur leur régime alimentaire, mais également sur l’environnement dans lequel ils vivaient – c’est ce qui a par exemple été réalisé sur des populations chinoises anciennes.

L’étude de tous les restes par les chercheurs va cependant prendre du temps : les squelettes retrouvés ne remplissent pas moins de 600 grandes boîtes…

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