Alexandrie : des bains ptolémaïques et une villa romaine mis au jour
Les archéologues du Conseil suprême des Antiquités ont exhumé des vestiges d’envergure dans le quartier de Moharam Bek, au centre d’Alexandrie, ancienne capitale de la dynastie ptolémaïque et ville majeure de l’antiquité. Cette fouille de sauvetage, initiée il y a neuf mois suite à un projet de construction près de la gare, a révélé une séquence culturelle ininterrompue s’étendant des époques ptolémaïque et romaine jusqu’à l’ère byzantine.
Un complexe thermal d’époque ptolémaïque de type tholoi.
La découverte majeure des fouilles consiste en un bain public circulaire datant de la fin de la période ptolémaïque, qui s’étend de la fondation du royaume en -323 à la mort de Cléopâtre, en -30. Ce type de structure, dite « tholoi », se caractérise par sa forme ronde et servait autant à l’hygiène quotidienne qu’à des soins thérapeutiques. Les recherches préliminaires suggèrent que d’autres pièces connectées à ce complexe se trouvent encore sous terre. Ces installations témoignent d’un niveau élevé de bien-être social et de la planification urbaine rigoureuse en vigueur à Alexandrie à l’époque ptolémaïque.

Luxe et ingénierie dans la villa romaine.
À proximité du complexe thermal, l’équipe a dégagé une villa résidentielle romaine ayant appartenu à un propriétaire aisé. La demeure se distingue par ses sols en mosaïques utilisant deux techniques artistiques : l’opus tessellatum (petits carreaux carrés) et l’opus sectile (grandes pièces de pierre découpées). Le confort domestique y était assuré par un système de gestion de l’eau avancé, comprenant une petite piscine reliée à un réseau de drainage et d’approvisionnement organisé.
Un riche mobilier archéologique.
Le site a livré une riche collection d’objets mobiliers, notamment des lampes à huile, des pièces de monnaie et de la poterie. De nombreux fragments d’amphores estampillées confirment l’existence de relations commerciales prospères à travers la Méditerranée, notamment pour le transport du vin et de l’huile d’olive. Sur le plan statuaire, les archéologues ont découvert des figures en marbre représentant Bacchus et Asclepius – le dieu de la médecine – ainsi qu’une statue acéphale identifiée comme étant Minerve. La présence d’Asclepius renforce l’hypothèse d’une fonction curative du site à certaines époques.
Une nouvelle lecture de la carte urbaine d’Alexandrie.
Ces découvertes contribuent à combler une lacune archéologique importante dans le secteur sud-est de l’ancienne Alexandrie, une zone jusqu’alors peu documentée. Les résultats permettent de réévaluer les cartes historiques de la ville, notamment les travaux topographiques de Mahmoud Bey El Falaki. Les vestiges confirment que ce district est resté à l’intérieur des limites urbaines de la cité jusqu’à l’époque byzantine, avant de décliner suite à des remaniements urbanistiques ultérieurs.
Alors que les fouilles se poursuivent, des travaux de restauration ont débuté sur les objets les plus fragiles. Les spécialistes étudient actuellement le transfert des mosaïques vers des centres de conservation. À terme, les pièces les plus remarquables devraient intégrer les collections du Musée gréco-romain d’Alexandrie.
Sources et crédits photographiques: Ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiennes.



