Sous le signe du luxe : découverte d’une mosaïque romaine à Zile en Turquie
Durant l’été 2025, une découverte archéologique majeure est venue d’enrichir le patrimoine de la province de Tokat, dans le nord de la Turquie. Des fouilles illégales dans un vignoble ont accidentellement mis au jour une mosaïque romaine datant de près de deux millénaires. Les autorités locales et les experts du musée d’archéologie de Tokat ont immédiatement pris le relais pour sécuriser et étudier ce vestige d’une grande finesse artistique. Plusieurs mois après, la mosaïque est aujourd’hui visible.
Une intervention d’urgence dans la province de Tokat.
L’incident a débuté dans le district de Zile, une zone réputée pour sa densité historique. Après le signalement des excavations non autorisées, les équipes spécialisées ont scellé le périmètre. L’archéologue Halis Alıcı, du musée de l’histoire des sciences turco-islamiques de la Medrese Yağıbasan, confirme que le site appartient à la période romaine. Bien que des civilisations plus anciennes comme les Hittites et les Phrygiens aient occupé la région, cette mosaïque ornait probablement un édifice public ou une villa de haut rang. Les chercheurs extraient actuellement le sol par couches très minces pour préserver l’intégrité des tesselles.
Une mosaïque célébrant l’abondance et le luxe.
La mosaïque se distingue par une palette chromatique vive incluant des tons de vert, jaune, bleu et blanc. Elle comporte des inscriptions significatives en grec ancien. Les premiers relevés mentionnent les termes « abondance », « prospérité », « paix » et « bien-être ». Un détail attire particulièrement l’attention des épigraphistes : le mot « ΤΡΥΦΗ » (Tryphé). Ce terme évoque le luxe, le confort et une vie aisée. Ces éléments suggèrent que l’espace servait de lieu de rassemblement, comme un marché, un hall administratif ou une demeure aristocratique.

Une maîtrise technique comparable aux chefs-d’œuvre de Zeugma.
Alper Yılmaz, enseignant à l’université Ondokuz Mayıs, souligne la qualité exceptionnelle de l’ouvrage. Les artisans ont utilisé de petites pierres étroitement serrées pour les détails figuratifs, associées à des pièces plus larges pour les motifs structurels. Au centre de la section dégagée figure une présence féminine symbolique. Cette figure n’est pas un portrait, mais une allégorie de la fertilité ou de la prospérité. Les experts notent une similitude visuelle dans le traitement des formes avec la célèbre « Gitane » du musée de Zeugma, cité antique dont les mosaïques figurent parmi les plus belles du monde gréco-romain. Cette technique garantit à la fois une précision esthétique et une grande solidité structurelle au sol.
Zile, un carrefour historique entre Rome et l’Anatolie.
La situation géographique de la découverte renforce l’intérêt historique du site. La ville de Zile est célèbre pour avoir accueilli Jules César lors de sa victoire rapide, marquée par la phrase historique « Veni, vidi, vici ». Ces nouveaux vestiges documentent la vie quotidienne et le faste de l’époque romaine dans cette région moins documentée que le sud du pays. Les archéologues se demandent désormais si la mosaïque s’étend au-delà de la zone actuelle. Ils cherchent à déterminer si elle appartenait à un complexe thermal ou à une vaste villa urbaine.
Le travail de conservation a débuté dès l’exposition des premières sections à l’air libre pour éviter toute détérioration. Les autorités prévoient une stabilisation complète avant d’envisager une ouverture au public. Cette découverte à Zile prouve une fois de plus que le sous-sol anatolien recèle des trésors encore inexplorés. Elle offre une opportunité unique de mettre en lumière le passé romain de la province de Tokat et de renforcer son attractivité culturelle.
Source et crédits photographiques: DHA