Découverte archéologiqueRome antique

Le palais du gouverneur romain de Cologne livre des vestiges d’une grande rareté

Les récentes fouilles archéologiques menées à Cologne, en préparation du parcours souterrain du MiQua (Musée juif de Cologne), ont franchi des étapes majeures. En raison de la profondeur importante des travaux, des vestiges normalement détruits par les constructions ultérieures ont été mis au jour. Ces structures romaines ont été préservées grâce à des remblais massifs effectués dès l’Antiquité le long de l’ancien versant du Rhin.


L’architecture monumentale du Praetorium, le palais du gouverneur.

Les archéologues ont dégagé le fondement d’une abside appartenant à une basilique à plusieurs nefs du 4e siècle. Cette ensemble maçonné, épais de quatre mètres, ne se compose pas de béton coulé classique (opus caementitium), mais de couches successives de tuf, de basalte et de calcaire. Le tout est lié par un mortier ultra-résistant composé de briques pilées et de gravier.

À cet endroit, un escalier de la fin du Ier siècle a également été découvert. Il reliait les zones basses proches du fleuve au secteur surélevé du premier Praetorium. La conservation d’un tel escalier est exceptionnelle, car seuls les fondements des bâtiments subsistent généralement à Cologne.

Vestiges d'escaliers dans le palais du gouverneur romain de Cologne
Vue de l’escalier.

Un Lararium unique au nord des Alpes.

Lararium romain retrouvé dans le palais du gouverneur de Cologne
Vue du lararium.

La découverte la plus marquante est un lararium, un autel domestique, remontant au IIe siècle et situé au cœur du palais. Ce lieu sacré servait à déposer des offrandes – nourriture ou objets – aux Lares, les divinités protectrices du foyer, dont les statuettes trônaient dans la niche.

Des trous de clous autour de l’ouverture suggèrent que des guirlandes y étaient suspendues. Des traces de peinture sont encore visibles à l’intérieur de la niche, et la plaque d’autel d’origine, retrouvée lors des fouilles, sera replacée après restauration.

Ce vestige est considéré comme unique au nord des Alpes, les seuls parallèles connus se trouvant dans les cités vésuviennes comme Pompéi.


Cologne, capitale impériale et joyau de l’architecture romaine.

Fondée sous le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium (CCAA), Cologne devient une colonie romaine en l’an 50. Son importance croît rapidement jusqu’à devenir, vers 85, la capitale officielle de la province de Germanie inférieure.

Entre 260 et 274, Cologne devient même la capitale de Postumus, un général dissident ayant fondé l’Empire des Gaules – comprenant la Gaule, la Bretagne et l’Hispanie – avant la réintégration de ces territoires par Aurélien. Au IVe siècle, plusieurs empereurs comme Constantin Ier séjournent longuement à Cologne, en faisant une importante résidence impériale.

Reconstitution de la cité romaine de Cologne
Reconstitution de la cité romaine de Cologne, image domaine public.

Centre névralgique du pouvoir politique, militaire et économique romain sur le Rhin, Cologne comptait environ 15000 habitants à son apogée et se distinguait par des monuments de premier plan:

  • Le temple du Capitole : Situé à l’emplacement actuel de l’église Sainte-Marie-du-Capitole, ce temple colossal dédié à Jupiter, Junon et Minerve était l’un des plus grands de l’Empire.
  • L’enceinte fortifiée : Longue de 3,9 kilomètres et ponctuée de 19 tours et 9 portes, elle protégeait la cité. D’importants vestiges en subsistent aujourd’hui.
  • Le réseau d’égouts : Véritable prouesse technique, le grand collecteur romain permettait une évacuation efficace des eaux vers le Rhin, assurant une hygiène exemplaire.
  • Le pont de Constantin : Construit au IVe siècle, il reliait la colonie au fort de Divitia (Deutz), facilitant les mouvements militaires et commerciaux.

Le déclin de la domination romaine s’amorce avec les incursions franques répétées. Malgré des tentatives de reconquête, Cologne est définitivement perdue par les Romains en 459, lorsqu’elle tombe aux mains des Francs Ripuaires, marquant la fin de son statut de métropole provinciale antique.


Ces découvertes constituent une avancée pour la compréhension de la topographie sacrée et politique de la cité. La mise au jour conjointe d’un escalier monumental et d’un lararium quasi intact enrichissent considérablement le patrimoine romain connu de Cologne. Elles rappellent que la cité rhénane, loin d’être une simple base militaire, fut un centre romain de premier plan dont l’architecture reflétait l’importance politique et culturelle.

Crédits photographiques couverture et autres images (sauf si mentionné différemment) : © Stadt Köln/Römisch-Germanisches Museum, Michael Wiehen
Source de l’article ici (en allemand).

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