Une tombe pyramidale d’époque romaine mise au jour dans l’oasis de Dakhla

Découverte archéologiqueEgypte ancienne

Située à environ 350 km à l’ouest de la vallée du Nil, au cœur du gouvernorat de la Nouvelle-Vallée, l’oasis de Dakhla constitue l’un des foyers de peuplement les plus anciens du désert occidental égyptien. Occupé depuis la Préhistoire, ce bassin verdoyant a connu un essor remarquable sous l’Empire romain et la période byzantine, s’imposant comme un carrefour agricole et commercial majeur articulé autour de sa capitale antique, Mothis (aujourd’hui Mut).


Le site archéologique de Bir al-Shughala.

À seulement trois kilomètres à l’ouest de Mut se trouve Bir al-Shughala, qui tire son nom d’un puits local. Explorée de manière systématique par les archéologues égyptiens depuis 2002, cette vaste nécropole abrite de multiples sépultures en briques crues et en grès, dont plusieurs superstructures pyramidales réservées aux élites locales. C’est dans ce secteur qu’une mission du Conseil suprême des Antiquités a mis au jour une tombe pyramidale romaine inédite, vraisemblablement érigée pour un homme et son épouse. Ce monument funéraire rassemble un poème funéraire grec et des représentations du rituel de l’Amdouat, illustrant la synthèse culturelle propre aux provinces de l’Égypte romaine.


Un accès monumental empreint du rituel de l’Amdouat.

L’accès au monument s’effectue par un escalier de 14 marches menant à une entrée égyptienne sculptée. La façade arbore une corniche à gorge, un disque solaire ailé et des éléments décoratifs évoquant des faisceaux de roseaux. Un panneau en pierre gravé de hiéroglyphes regroupe des formules de protection et des récitations liturgiques.

Les chercheurs ont identifié une scène rituelle rattachée au rituel de l’Amdouat (traduit par « Ce qu’il y a dans le monde souterrain »). Ce texte décrit le parcours nocturne du dieu solaire à travers les 12 heures de l’au-delà jusqu’à sa renaissance à l’aube. Réservée aux sépultures royales sous le Nouvel Empire, plus d’un millénaire plus tôt, cette composition figurée dans un contexte provincial tardif démontre la pérennité des traditions religieuses égyptiennes.

L’entrée était scellée par un bloc de pierre orné d’une figure humaine entourée de symboles protecteurs. La porte franchie, une salle en briques crues enduite de plâtre dévoile une couverture en pente partiellement effondrée à l’ouest, flanquée de deux structures funéraires annexes.


Un poème funéraire grec dédié à un haut personnage.

Sur le mur sud de la salle principale repose une stèle rectangulaire surmontée d’un fronton sculpté d’un disque solaire. Elle porte un poème funéraire grec de 19 lignes gravé à la mémoire d’un homme nommé Bisichthes, suspecté d’avoir exercé la fonction de juge.

L’analyse épigraphique date l’inscription de la fin du IIIe siècle ou du début du IVe siècle. Utilisé comme langue administrative et culturelle à partir de la conquête d’Alexandre le Grand en 332 avant notre ère, puis conservé après l’annexion romaine en 30 avant notre ère, le grec atteste de la vitalité intellectuelle des oasis de la Nouvelle-Vallée sous la domination de Rome.


Céramiques, numismatique et indices de recharges successives.

Le mobilier archéologique associé comprend des céramiques, une table d’offrandes en grès et un bassin destiné aux purifications rituelles. Les fouilleurs ont exhumé une pièce en bronze à l’effigie de l’empereur Constantin, souverain du début du IVe siècle. Ce repère monétaire permet d’établir une borne chronologique pour l’occupation ou le réemploi de la sépulture.

Des éléments structurels, dont une dalle en calcaire sculptée au-dessus de l’accès principal et des aménagements additionnels, confirment une réutilisation du complexe au-delà de sa phase initiale.


Un cas remarquable pour l’archéologie en Égypte.

Les fouilles menées à Bir al-Shughala prouvent que les croyances pharaoniques n’ont pas disparu sous le pouvoir romain. Elles se sont maintenues et mêlées aux expressions littéraires et artistiques gréco-romaines. Cette tombe pyramidale romaine réunit au même endroit divinités égyptiennes, poème funéraire grec et architecture provinciale.

Les travaux en cours sur le mobilier et les inscriptions permettront de préciser l’identité exacte des défunts et de mieux retracer l’histoire du site de Bir al-Shughala.

Fouilles archéologiques dans l'oasis de Dakhla en Egypte
Vue de la tombe et des ruines environnantes.

Source et crédits photographiques: Ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiens

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