Vestiges du plus ancien palais connu de Chine fouillés dans le Henan

Lorsque l’on parle de palais chinois, l’association avec la Cité Interdite des derniers empereurs, à Pékin, vient naturellement en tête. Mais au cours de la très longue histoire de la Chine, des dizaines voire des centaines de palais ont été construits, dont le plan, l’organisation et le schéma plongent dans la très lointaine antiquité et interrogent les origines même de la civilisation chinoise. Or, notre connaissance a ce sujet a été révolutionnée, et continue de l’être, par les apports de l’archéologie depuis les années 80. Où et comment sont donc nés les idées, institutions et paradigmes qui ont présidé à l’élaboration des complexes palatiaux chinois, en parallèle de la construction d’un Etat impérial, qui unifie la Chine pour la première fois il y a plus de 2000 ans, sous le règne du premier empereur Qin Shin Huan ?

L’archéologie et l’évolution de la compréhension de l’origine des palais chinois.

Pour resituer l’état des connaissances, voici une petite chronologie de l’évolution des connaissances modernes quant à la naissance des complexes palatiaux chinois :

-jusqu’en 2017, les chercheurs considéraient le palais du site d’Erlitou, dans la province centrale du Henan, dont l’ancienneté se situe dans une fourchette de 3500 à 3800 ans, comme le plus ancien de Chine

-par la suite, la découverte d’un palais sur le site de Taosi, dans la provincedu Shanxi, dont la datation se situait dans une fourchette de 3900 à 4300 ans d’ancienneté, avait changé cette vision.

Mais une fois encore, cette vision des choses change avec les fouilles menées sur le site de Shuang Huai Shu, lui aussi dans le Henan, près de sa capitale, Zhengzhou. Les chercheurs pensent en effet que les vestiges du site correspondent à un complexe palatial vieux d’environ 5300 ans. Il appartient à la culture Yangshao, terme désignant en fait les cultures du néolithique chinois dans la région du fleuve Jaune, au nord de la Chine – pouvant ainsi recouvrir de nombreux sites aux réalités politiques et culturelles variables, mais présentant également une cohésion culturelle. Cette culture se caractérise notamment par une céramique de grande qualité.

Le bond n’est pas mince, car cela rendrait le système des palais chinois plus ancien d’un millénaire. Wang Wei, président de la Société chinoise d’Archéologie, considère ainsi que « le système des palais chinois a connu une ébauche préliminaire sur le site de Shuang Huai Shu. Cela prouve que la civilisation du fleuve jaune est la racine, vecteur et âme principaux de la civilisation chinoise ».

Cette vision des choses d’une racine unique ne fait cependant pas consensus : les différents foyers culturels de l’époque néolithique auraient également pu s’influencer mutuellement, apportant à des degrés divers leur pierre à la construction de la civilisation chinoise des époques plus tardives. L’archéologie réserve encore certainement bien des surprises en la matière.

>> Découverte d’une immense ville néolithique en Chine.


Le site de Shuang Huai Shu : le plus vieux palais connu de Chine.

Mais revenons-en à Shuang Huai Shu.

Ce site archéologique est situé sur le plateau de la rive sud du fleuve Jaune qu’il surplombe, et où convergent deux fleuves moins importants, le Yihe et le Luohe. Cette région a toujours été considérée comme le cœur de la civilisation chinoise. Le site occupe une vaste superficie d’environ 1,17 km², à l’abri des inondations. Il comprend les vestiges de trois immenses douves, entourant des complexes résidentiels de grande envergure au centre, mas aussi des cimetières publics minutieusement planifiés et des terrasses réservées aux sacrifices religieux.

Le palais proprement dit, qui a été fouillé récemment, occupe une immense terrasse de 4300 m². Sa partie ouest comprenait une cour rectangulaire de1300 m², tandis qu’une autre cour de 1500 m² se trouvait dans sa partie est. Cette dernière avait trois entrées monumentales, l’une d’entre elles disposant elle-même de trois portes. La conception de cette entrée à trois portes se rapproche de l’une des entrées du palais d’Erlitou et de certaines autres du palais de Yanshi (vieux d’environ 3600 ans). Ce modèle aurait par la suite été repris par des dynasties plus récentes.

L’étude de ce site devrait ainsi permettre d’en apprendre davantage sur la genèse des palais chinois, dont l’histoire va s’étendre sur un temps exceptionnellement long, jusqu’à la fin du régime impérial en Chine, au début du XXe siècle.

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