Turquie : citerne byzantine découverte à Dara

Au Ve et VIe siècle de notre ère, les deux superpuissances de l’époque , l’empire byzantin à l’ouest et l’empire sassanide à l’est, s’affrontent dans une série de conflits destructeurs pour la domination du Proche-Orient. Les deux empires renforcent leurs frontières : en témoignent encore les 5,8 km de remparts de Diyarbakır, classés en 2015 à l’UNESCO, ou bien encore le site moins connu de Dara où vient d’être découverte une citerne byzantine.

Une position stratégique

Cette cité, qui conserve aujourd’hui encore une position frontalière puisqu’elle se situe à  quelques kilomètres de la frontière syrienne, avait alors une importance stratégique capitale. Durant la guerre anastasienne en 502-505, les généraux byzantins attribuent leurs défaites à l’absence de base dans la région, alors que les Parthes pouvaient appuyer leurs besoins logistiques sur la grande ville de Nisibe (aujourd’hui en Syrie).

L’empereur Anastase aurait alors décidé de transformer le village de Dara, à 18km de là, en une importante forteresse pouvant servir de refuge et de halte à son armée, abriter les préparatifs militaires et surveiller la contrée. De la main d’oeuvre est rassemblée de toute la Mésopotamie (correspondant à cette époque à une province romaine, et non à la Mésopotamie antique) et construit en toute hâte une cité étendue sur trois collines, la plus haute accueillant la citadelle. Ils y construisent de grands entrepôts, un bain public et de nombreuses citernes ; la cité est renommée Anastasiopolis et devient le siège du duc de Mésopotamie.

Les grands travaux de Justinien à Dara

Murailles édifiées sous Justinien. Les arches permettaient l'écoulement de l'eau. Credits : Procopius, CC by SA.
Murailles édifiées sous Justinien. Les arches permettaient l’écoulement de l’eau. Credits : Procopius, CC by SA.

Il semble que la rapidité ayant primé sur la qualité, et de violentes inondations ayant affectées la région, de nombreuses sections de la ville se soient trouvées rapidement ruinées. L’empereur Justinien Ier (527-565) ordonne la rénovation de la ville. La hauteur de ses murs est doublée, atteignant 20 mètres, avec des tours de 35 mètres et ceintes de fossés. Des casernes et deux églises sont édifiées, mais les ingénieurs byzantins réalisent aussi de grands travaux hydrauliques : pour éradiquer le risque d’inondation, ils édifient une digue à arche ; ils creusent aussi un canal pour dériver une rivière voisine et alimenter Dara en eau, tandis qu’un canal  souterrain évacue cette eau à 65 km au nord, permettant ainsi d’en priver un éventuel assiégeant.

En 530, Bélisaire, le grand général de Justinien, remporte une grande victoire sous les murs de la ville. La cité reste âprement disputée durant les conflits suivants. Dara est prise en 573-574, mais revient aux Byzantins après le traité de 590. La ville est de nouveau prise en 604-605 après 9 mois de sièges par Khosro II, avant d’être reprise par Héraclius. Les Arabes s’en emparent finalement en 639, et elle perd toute importance stratégique et se voit progressivement abandonnée par ses habitants.

Découverte d’une citerne utilisée comme grange

La plus grande partie de la ville romaine et byzantine se situe sous les maisons du village, mais les fouilles en cours ont permis d’exhumer une citerne du VIe siècle, découverte dans un champ où elle était utilisée comme une grange. Elle mesure 18 mètres de long sur 15 de large, et a été vidée de la terre qui la remplissait et restaurée.

Appartenant peut-être aux grands travaux hydrauliques réalisés sous Justinien, cette citerne se site derrière un mur de 4 km situé dans la partie orientale de la ville. Les archéologues pensent qu’elle était destinée à approvisionner en eau les gens faisant halte dans la ville, mais qui n’avaient cependant pas l’autorisation de pénétrer plus avant dans les fortifications de la cité.

Le directeur du musée de Dara a annoncé que la citerne serait ouverte au tourisme à partir de janvier 2017, quand les fouilles seront achevées.

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