Le patrimoine archéologique anatolien menacé par un barrage

Au sud-est de la Turquie, non loin de la frontière syrienne, ce n’est pas la guerre et son cortège de destruction qui menace la patrimoine de la petite ville d’Hasankeyf, mais la construction d’un nouveau barrage. Devant la menace qui pèse sur de nombreux sites archéologiques et édifices anciens, les archéologues et les scientifiques s’organisent pour sauver ce qui peut l’être.

Une ancienne cité anatolienne au riche patrimoine

Vue de la ville d’Hasankey, dominée par sa forteresse.

La ville se situe à une vingtaine km de Batman (ça ne s’invente pas), dans une gorge étroite tracée par une rivière Ilısu. Si la ville n’a pas laissé un grand nom dans l’histoire, elle n’en est pas moins une fondation très ancienne et recèle un patrimoine historique et archéologique important, à commencer par des mosquées du XIVe et XVe siècle, et par les quelques 6000 grottes alentours qui ont servi d’habitations durant des millénaires.

Déclarée zone de conservation naturelle en 1981, cela n’a pas empêché le projet de construction d’un barrage, contesté depuis des décennies,  qui devrait entraîner la submersion d’une partie de la ville et d’un grand nombre de sites archéologiques.

Or cette ville, qui a préservé une ambiance médiévale, compte de nombreux édifices historiques. La forteresse qui la domine, élevée par les Byzantins et remaniée de nombreuses fois par la suite, reste hors d’atteinte mais devrait cependant souffrir quelques dommages du fait de la montée des eaux. Il en sera de même pour le plus grand pont médiéval de la région, dont les piles sont encore bien visibles dans la rivière.

La tombe de Zeynel Bey

Le mausolée du XVe siècle qui devrait être déplacé.

C’est pourtant ce mausolée, élevé il y a 550 ans, qui est le plus menacé. Construit pour abriter la dépouille de Zeynel Bey, le fils d’Uzun Hassan, fondateur de la puissante dynastie d’Aq Qoyunlu. Le prince était mort en 1473 lors de la bataille d’Otlukbeli qui consacra l’avancée des Ottomans dans l’est de l’Anatolie. L’édifice, revêtu de faïence bleue et décoré d’inscriptions, est considéré comme l’un des premiers exemples de mausolées de ce type en Anatolie.

Pour éviter qu’il ne soit submergé par la retenue d’eau du barrage, un plan de sauvetage a été lancé par des scientifiques turcs et hollandais. L’objectif est de soulever le monument, de le déplacer sans dommage et de le relocaliser à environ 2km de son emplacement actuel. Un défi qui n’est pas sans rappeler le chantier d’Abou-Simbel, lors de la construction du barrage d’Assouan, en Égypte.

Cependant comme dans ce dernier cas, l’opération – toute symbolique qu’elle soit – ne fait que masquer la cohorte d’autres édifices ou sites archéologiques, connus ou non, qui disparaîtront sous les eaux du barrage.

 

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