La cité perdue de Mesn localisée sur la route militaire des pharaons ?
Les recherches archéologiques menées dans la région d’Al-Qantara Est, au sein de la province d’Ismaïlia (Sinaï), apportent un éclairage nouveau sur la géographie défensive de l’Égypte antique. Les travaux récents conduits sur le site de Tell Abu Saifi permettent de préciser le tracé du Chemin d’Horus, la voie stratégique reliant le delta du Nil au Levant. La découverte d’éléments épigraphiques majeurs et la révision de la stratigraphie du site étayent désormais très fortement l’identification de ce gisement avec l’ancienne ville de Mesn, citée dans les textes du Nouvel Empire.
La réinterprétation architecturale du complexe fortifié de Tell Abu Saifi.
L’analyse des structures en briques crues a permis de corriger des interprétations anciennes concernant l’organisation de l’espace. La vaste enceinte dégagée par les archéologues ne correspond pas au temple lui-même, mais au mur périmétrique de protection enserrant la zone sacrée et administrative. Ce rempart intègre des accès sécurisés ainsi que des pièces intérieures superposées, témoins de plusieurs phases d’aménagement.
L’accès au sanctuaire s’effectuait par deux voies en pierre superposées. La plus ancienne remonte à l’époque ptolémaïque, tandis que la seconde, plus étroite et construite directement au-dessus, date de la période romaine. Autour du cœur religieux, les bâtiments annexes présentent une répartition fonctionnelle claire : le secteur nord abrite une série d’espaces de stockage alignés, alors que la partie sud regroupe des pièces de service d’un gabarit plus important.

Vue du site 
Vue des fouilles
L’épigraphie au service de l’identification de la cité de Mesn.
L’élément déterminant de cette campagne réside dans la mise au jour de la partie supérieure d’un linteau en grès, fragmenté en deux blocs. Ce monolithe porte des inscriptions hiéroglyphiques sur trois de ses faces, mentionnant la titulature de Ramsès II (vers -1279 à -1213) ainsi qu’un texte littéraire commémorant la restauration d’une statue d’Horus, divinité tutélaire de Mesn. Ce témoignage direct associe le culte local à la puissance pharaonique et confirme le rôle central du lieu dès le Nouvel Empire.
D’autres objets sculptés confirment la double nature, militaire et administrative, de l’établissement :
- Un fragment de statue en schiste de la XXVIe dynastie représentant un scribe de l’armée tenant un naos brisé.
- Le buste d’une effigie royale en basalte.
- Une statue acéphale d’époque tardive.
- Des fragments de représentations de faucons sculptés dans du basalte, du calcaire et du jaspe.

Du camp romain à la carrière de calcaire.
L’occupation du site s’étend sur une longue période, atteignant son apogée constructif sous la dynastie ptolémaïque, période durant laquelle le complexe fut agrandi. Au IIIe siècle de notre ère, l’espace est réaménagé sous la forme de casernes ou camp militaire romain (castrum), illustrant la continuité de sa valeur positionnelle sur la frontière orientale.
À la fin de l’époque romaine, le site subit une transformation industrielle radicale. Le sanctuaire central (sanctasanctorum) est en grande partie démantelé pour servir de carrière. Deux grands fours circulaires ont été installés directement sur les angles de la zone la plus sacrée afin de transformer les blocs de calcaire en chaux, scellant ainsi l’histoire de ce complexe majeur du Chemin d’Horus.
Source et crédits photographiques: Ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiens
