4900 m²: les plus grands thermes romains des Pays-Bas mis au jour à Nimègue

Découverte archéologiqueRome antique

Une découverte archéologique majeure vient redéfinir la compréhension de l’occupation romaine au nord du limes. Lors de fouilles préventives menées dans le quartier de Waalfront à Nimègue (Nijmegen), les équipes des bureaux d’études RAAP et BAAC ont dégagé un vaste ensemble thermal s’étendant sur au moins 4 900 mètres carrés. Cet édifice, intégré à la cité antique d’Ulpia Noviomagus, constitue à ce jour le plus grand complexe de bains publics romains jamais identifié sur le territoire néerlandais.


Ulpia Noviomagus : capitale florissante de la frontière germanique.

Fondée sur les rives de la Waal après la révolte des Bataves vers 70 de notre ère, l’agglomération d’Ulpia Noviomagus s’impose rapidement comme le principal centre urbain du nord de la province de Germanie inférieure. Vers l’an 100 de notre ère, l’empereur Trajan octroie à la cité ses droits municipaux – matérialisés par le gentilice Ulpia issu du nom de la gens impériale (Marcus Ulpius Traianus).

Cette promotion administrative métamorphose l’agglomération en une cité florissante dotée d’institutions autonomes, attirant marchands, artisans et vétérans de l’armée romaine. L’intégration d’Ulpia Noviomagus dans les réseaux commerciaux de l’Empire favorise un afflux massif de richesses, concrétisé par un programme d’urbanisme monumental en pierre qui remplace progressivement les constructions en bois. La ville s’impose alors comme le cœur économique et administratif incontournable de l’actuel territoire néerlandais.


Un centre urbain d’une ampleur inédite au nord de l’empire.

L’octroi du statut municipal sous Trajan s’accompagne de l’érection de grands édifices publics, dont les thermes représentent l’un des fleurons. Jusqu’alors, les structures thermales connues dans la région présentaient des dimensions plus modestes, à l’image des bains de Forum Hadriani (Voorburg) couvrant 2 200 mètres carrés ou de ceux de Coriovallum (Heerlen) mesurant 2 500 mètres carrés. L’ensemble mis au jour à Nimègue – dont les premières intuitions remontaient à des sondages ponctuels réalisés en 1992 lors de l’agrandissement de l’usine Honig – s’avère au moins deux fois plus étendu.

Les opérations de terrain débutées en septembre 2025 et prévues jusqu’en juillet 2026 ont permis de dégager non seulement l’édifice thermal, mais également un quartier urbain structuré comprenant des voies de circulation, des insulae, des résidences privées de standing et une tour.

  • Bains d’Ulpia Noviomagus (Nimègue) : au moins 4 900 m²
  • Bains de Coriovallum (Heerlen) : environ 2 500 m²
  • Bains de Forum Hadriani (Voorburg) : environ 2 200 m²

Architecture, techniques de chauffage et matériaux d’importation.

L’étude des structures révèle une succession de salles destinées aux parcours thermaux (frigidarium, tepidarium, caldarium). Les scientifiques étudient plusieurs hypothèses quant à la configuration des lieux : ces différents espaces pourraient correspondre à des phases d’agrandissement successives, à la modernisation d’installations plus anciennes ou à une séparation fonctionnelle des parcours, notamment entre hommes et femmes.

Archéologue travaillant aux fouilles d'un complexe thermal à Nimègue, Pays-Bas
Archéologue travaillant aux fouilles d’un complexe thermal à Nimègue, Pays-Bas

Sur le plan technique, la conservation du site offre des témoins matériels de première importance :

  • Le système de chauffage. Des sections complètes de caniveaux d’évacuation et de dalles en béton ont été préservées. Plusieurs sols reposent encore sur des pilettes en briques constituant l’hypocauste, le réseau de chauffage par le sol mis au point par les ingénieurs romains.
  • La maçonnerie. Deux fondations en pierre subsistent sur une hauteur atteignant jusqu’à 2 mètres, ce qui représente l’un des ensembles de maçonnerie romaine les mieux conservés de la ville.
  • Les matériaux de parement. L’aménagement intérieur témoignait d’un grand luxe. Les parois des bassins étaient recouvertes de plaques de marbre importées de régions lointaines telles que la Gaule ou l’Asie Mineure, tandis que les sols arboraient un pavage de dalles en calcaire noir et blanc. Les façades extérieures étaient rehaussées de moulures sculptées dans le grès et le calcaire, complétées par des colonnades.

Bien que le site ait servi de carrière de pierres durant le Moyen Âge et les époques ultérieures, entraînant le démontage d’une partie des élévations, la profondeur des vestiges – enfouis entre 5 et 6 mètres sous le niveau actuel – a garanti la sauvegarde des structures basses.


La culture matérielle et l’occupation tardive de la cité.

Les recherches ont livré plusieurs dizaines de milliers d’objets apportant un éclairage direct sur la vie quotidienne des élites locales aux IIᵉ et IIIᵉ siècles de notre ère.

Parmi le mobilier archéologique recensé figurent :

  • Des éléments d’apparat et de parure, dont des bagues sigillaires, une chaîne en or et plusieurs centaines d’épingles à cheveux en os taillé. Certaines d’entre elles présentent des extrémités sculptées figurant des félins couchés ou debout.
  • Un buste en bronze figurant le dieu Bacchus. Initialement fixé sur un récipient de service ou un meuble, cet objet a fait l’objet d’une réutilisation ultérieure en étant muni d’un anneau de suspension pour servir de contrepoids sur une balance.
  • Du mobilier de jeu (dés en os) et des fragments de statues en bronze.
Artefacts retrouvés sur les fouilles archéologiques d'un grand complexe thermal à Nimègue, Pays-Bas
Quelques uns des artefacts retrouvés lors des fouilles archéologiques.

Le corpus numismatique apporte quant à lui des données chronologiques cruciales. La présence notable de monnaies frappées sous l’empereur Postume (260-269 de notre ère), chef de l’Empire des Gaules, ainsi que sous ses prédécesseurs et successeurs directs, atteste d’une activité continue du secteur jusqu’à la seconde moitié du IIIᵉ siècle. Cette occupation tardive distingue ce quartier du reste de la cité d’Ulpia Noviomagus, où les rejets monétaires de cette période demeurent extrêmement rares.


Conservation in situ et intégration urbanistique.

L’intervention archéologique s’inscrit dans le projet de réaménagement du quartier industriel du Waalfront en zone résidentielle. Afin de valoriser cet héritage, la municipalité de Nimègue et les développeurs immobiliers ont planifié la conservation in situ des fondations les mieux préservées.

Les vestiges maçonnés de 2 mètres de hauteur seront maintenus sous les futures constructions et rendus accessibles à la visite. L’aménagement paysager prévoit la création du Thermenplein (place des Thermes), un espace public central dont le tracé urbain s’inspirera directement du plan du complexe antique.

Sources (en néerlandais) et crédits photographiques: Gemeente Nijmegen

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