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Découverte d’un trésor médiéval exceptionnel à l’abbaye de Cluny

Un trésor médiéval a été présenté le 14 novembre à l’université Lyon II. Il a été trouvé mi-septembre lors de fouilles archéologiques programmées sur le site de bâtiments disparus de l’ancienne abbaye de Cluny, en Bourgogne. Cette découverte, de par son ampleur, est considérée comme tout à fait exceptionnelle par les archéologues.

Cluny, le phare de la Chrétienté médiévale.

église abbatiale Cluny
Reconstitution de l’abbatiale du XIe siècle.

Pour rappel, Cluny n’est pas une abbaye comme les autres. Fondée en 910 par le duc d’Aquitaine Guillaume Ier et placée sous l’autorité directe du pape, elle devient l’un des grands foyers de réforme de la règle bénédictine. Très vite, elle prend la tête d’un ensemble de monastères s’étendant sur toute la chrétienté, joue un rôle culturel de premier plan et… amasse une richesse considérable. Son importance est telle qu’au XIe siècle, ses abbés font construire une nouvelle abbatiale – la troisième – qui devient pour trois siècles la plus grande église du monde chrétien, jusqu’à la construction de Saint-Pierre de Rome en 1506.

Mais ce goût des grandeurs a aussi un coût, et dès le XIIe siècle l’abbaye connaît des difficultés financières, accrues par une mauvaise gestion de ses biens et la montée en puissance d’autres ordres religieux. L’abbaye perd son importance à l’époque moderne, puis est vendue comme bien national et en grande partie détruite pendant et après la Révolution.

Une découverte archéologique inattendue.

La démolition de la plus grande partie du complexe monastique, y compris de l’église, laisse aujourd’hui le champs libre aux archéologues pour tenter d’en savoir plus sur les bâtiments disparus. C’est en s’intéressant à l’infirmerie que la découverte fortuite du trésor a eu lieu. Car le trésor a failli passer sous les dents d’une pelleteuse lors des travaux préparatoires des fouilles, au cours desquels la couche supérieure était enlevée pour atteindre plus rapidement la profondeur intéressant les chercheurs.

C’est alors qu’une étudiante en master a aperçu une pièce, premier élément d’un trésor qui, par chance, n’a pas été touché par la pelleteuse. Anne Flammin, ingénieure du CNRS et codirectrice des fouilles avec Anne Baud rapporte que le trésor « a été placé sous un sol le long d’un mur, lesquels ont depuis disparu. Nous avons immédiatement compris qu’il s’agissait d’un trésor monétaire ».

Un trésor médiéval exceptionnel.

Et quel trésor ! Jusqu’à aujourd’hui, les plus gros découverts à Cluny ne comptaient au maximum qu’une dizaine de pièces. Celui-ci est principalement monétaire et comprend :

  • 2200 deniers et oboles d’argent, pour la plupart frappés à l’abbaye qui avait obtenu ce privilège du pape dès la première moitié du Xe siècle
  • 21 dinars d’or, émis entre 1121 et 1131 en Espagne et au Maroc enfermés dans une bourse en cuir tanné.
  • un anneau sigillaire – type d’anneau généralement utilisé pour sceller les lettres – en or avec une intaille antique représentant un dieu.
  • une feuille en or de 24 grammes pliée et un petit objet en or.

Mais à qui appartenait ce trésor et pourquoi l’avoir enterré là ? Et comment des pièces provenant du monde musulman se sont-elles retrouvées là ?

Difficile de répondre à ces questions. Cependant seules les personnes importantes pouvaient posséder un anneau aussi précieux au Moyen-Âge.

« On entrevoit à travers cette découverte une histoire, peut être celle d’un religieux, qui a enterré son pactole pour le cacher », déclare Anne Flammin. « Pendant cette période, l’abbaye connaissait des difficultés monétaires. Que l’on cache ce trésor au moment où il y a ces difficultés interroge. Peut-être y avait-il un danger, une menace », ajoute Anne Baud.

De nouvelles fouilles auront lieu l’année prochaine à l’endroit où le trésor a été trouvé. Peut-être permettront-elles d’y voir plus clair ; en attendant, les trouvailles sont conservées en lieu sûr avant d’être restaurées et d’être peut-être plus tard exposées à Cluny.

 

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