Découverte archéologiqueRome antique

Un temple du dieu Mithra découvert dans la vieille ville de Ratisbonne

Lors de fouilles préventives menées au Stahlzwingerweg, dans la vieille ville de Ratisbonne, une équipe d’archéologues a mis au jour les vestiges d’un lieu de culte exceptionnel. Sous la direction de Sabine Watzlawik, les recherches effectuées entre le printemps et l’automne 2023 ont révélé des traces d’occupation s’étendant de la Préhistoire au Moyen Âge. Ce n’est qu’après une analyse approfondie des données par le Dr Stefan Reuter qu’un bâtiment romain spécifique a été identifié : un temple dédié au dieu oriental Mithra. Cette découverte est très importante, car il s’agit du plus ancien mithræum retrouvé à ce jour en Bavière.


Des indices matériels pour identifier un temple disparu dédié à Mithra.

L’édifice original étant construit en bois, peu d’éléments structurels ont survécu au temps. Cependant, un faisceau d’indices matériels a permis de confirmer la fonction religieuse du lieu. Les archéologues ont découvert une pierre de consécration, dont l’inscription est malheureusement illisible, ainsi que des fragments de plaques votives en métal et des ferrures appartenant à un sanctuaire.

La datation du site a été rendue possible grâce à des découvertes monétaires : le sanctuaire remonte à l’époque d’activité du fort de la cohorte de Kumpfmühl et de l’établissement civil associé, soit entre 80 et 171 de notre ère. Cela situe l’activité du temple avant même la fondation du camp de la légion.

Plusieurs objets céramiques confirment l’appartenance du site au culte mithraïque, une religion à mystères particulièrement prisée par les militaires. Parmi les artefacts figurent des tessons d’un pot orné de motifs en forme de serpents, des calices à encens et des cruches à anse. Selon Maximilian Ontrup, expert en archéologie provinciale romaine, ces récipients étaient utilisés lors de banquets rituels liés à la vénération du dieu.

Ce sanctuaire est le premier lieu de culte romain identifié dans la vieille ville de Ratisbonne et se distingue par son ancienneté.


Mithra, un dieu oriental et un culte à mystères populaire.

Mithra sacrifiant un taureau, vers 100-200 au Louvre-Lens. Le dieu est coiffé d’un bonnet phrygien. Crédits : Serge Ottaviani

En effet, ce n’est qu’à partir de la fin du Ier siècle que le mithraïsme se répand dans l’empire romain, séduisant d’abord les élites, puis l’ensemble de la société et particulièrement les soldats.  D’origine indo-iranienne, il s’agit d’un culte monothéiste à mystères, réservé aux hommes, dont on sait finalement très peu de choses. En effet, on n’a que peu de traces écrites concernant ce culte et c’est surtout l’archéologie qui permet de s’en faire une idée.

Le succès du culte de Mithra, dont on connaît une centaine de sanctuaires dans tout l’empire, dont une demi-douzaine en France, atteint son apogée à la fin du IIe siècle. Il finit par faire concurrence au Christianisme, finalement promu religion d’Etat au IVe siècle. Il est alors combattu par les empereurs, puis finalement proscrit par Théodose en 392.


Valorisation scientifique et conservation au musée.

Cette découverte est considérée comme l’une des plus importantes pour l’histoire romaine de Ratisbonne de la dernière décennie. Elle offre un aperçu inédit de la structure de l’établissement civil des bords du Danube. En raison de l’importance historique des pièces, un projet d’évaluation scientifique a été lancé en coopération avec la ville de Ratisbonne et l’Office bavarois pour la protection des monuments.

Les objets issus des fouilles seront remis aux musées de la ville de Ratisbonne. Ces découvertes devraient être mises un valeur avec un nouveau concept muséographique pour illustrer cette facette méconnue de la cité antique.


La mise au jour de ce mithræum enrichit la connaissance des pratiques cultuelles anciennes et de la vie quotidienne aux frontières de l’Empire romain. L’analyse des objets se poursuit pour affiner la compréhension de ce site qui demeure l’un des neuf sanctuaires de Mithras connus en Bavière.

Source (en allemand) ici.

Crédits photographiques: ArchäeoTeam Regensburg (couverture) et Museen der Stadt Regensburg (autres images).

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