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Une Grande Muraille médiévale indienne

Sécuriser des frontières a de toute temps constitué un défi pour les Etats. Si les efforts de fortification se sont la plupart du temps concentrées sur les villes ou des sites dont la défense s’avérait particulièrement stratégiques, de bien plus rares tentatives de sécuriser de larges pans de frontière ont été également réalisées depuis les époques les plus anciennes jusqu’à la ligne Maginot. La plus emblématique est bien sûr le réseau fortifié désigné sous le nom de grande muraille de Chine, dont les 6260 km restent inégalés. En Europe, on peut citer le mur d’Hadrien, long d’environ 117km, qui faisait partie du limes protégeant les territoires romains de Grande-Bretagne. Bien plus confidentiel, l’Inde aurait aussi eu sa « grande muraille », bien que bien plus modeste en étendue, qui fut édifiée durant le « Moyen-Âge » indien, une époque où de multiples royaumes s’affrontent dans le sous-continent.


La « grande muraille » indienne.

Le Madhya Pradesh, CC by SA.

Si les guides touristiques présentent parfois le fort de Kumbhalgarh et ses 36 km de murailles édifiées au XVe siècle au Rajasthan comme la grande muraille d’Inde, sorte de pendant – assez peu comparable – de la grande muraille de Chine, c’est pourtant plus à l’est, dans le Madhya Pradesh, que se trouve l’ancien ouvrage fortifié le plus long de tout le sous-continent indien.

Le Madhya Pradesh est un Etat du centre de l’Inde comptant environ 72 millions d’habitants. Sa capitale, Bhopal, est une ville assez peu ancienne surtout connue pour la catastrophe industrielle qui s’y est produite en 1984. A environ 200 km de là, une muraille court sur une longueur d’environ 80 km entre le village de Gorakhpur et la forêt d’Udaipura.

Section de la muraille.

Bien que certaines sections soient partiellement effondrées, l’ouvrage est globalement en bon état, et mesure généralement entre 3 et 4,5 mètres de large (même s’il peut atteindre jusqu’à 7 mètres) pour une hauteur oscillant entre 4,5 et 5,5 mètres. Ces dimensions sont comparables à celles de la Grande Muraille, qui mesure généralement 4 à 5 mètres de large pour 6 à 7 mètres de haut.

Les archéologues estiment que cette fortification a été construite au Xe ou XIe siècle de notre ère, une époque durant laquelle la puissante dynastie des Paramara domine la région.


La dynastie des Paramara et le « Moyen-Âge » indien.

A la différence de la plupart des nations modernes, l’Inde n’a jamais constitué un Etat unifié avant l’indépendance de 1949. Au cours de ce que l’on peut considérer comme le Moyen-Âge indien, de multiples royaumes s’affrontent, aboutissant à la fin de la période à la domination de deux Etats principaux, le sultanat de Delhi au nord et le royaume de Vijayanâgara au sud.

Le sous-continent indien vers 1200.

A la fin du Xe siècle, le roi Siyaka (949-972) fonde l’état souverain de la dynastie Paramara en s’affranchissant de la tutelle de la dynastie Rashtrakuta et en prenant leur capitale Manyakheta en 972. Ses successeurs établissent le centre de leur pouvoir autour de leur capitale Dhar et de la région de Malwa.

Monument édifié par la dynastie Paranama, qui a aussi fait construire la grande muraille indienne
Temple Bhojeshwar, édifié au XIe siècle à Bhojpur par le roi Bhoja. Credits : Bernard Gagnon.

La dynastie atteint son apogée sous Bhoja (vers 1010-1055), connu pour avoir protégé les arts, la littérature et les sciences et fait de sa capitale Dhara l’un des principaux centre culturel de l’Inde. Il aurait aussi fondé Bhojpur et eu une activité architecturale importante. A ce titre, c’est l’un des souverains les plus célébrés de l’histoire indienne. Comme ses prédécesseurs et ses successeurs, il mène d’incessantes campagnes contre ses voisins et étend son royaume, mais ses conquêtes sont peu durables.

Les luttes contre les Etats voisins, notamment les Chalukyas de Gujarat et ceux de Kalyani, ainsi que les Kalachuris de Tripuri, ne sont pas toujours favorables aux Paramara et expliquent probablement la construction de la muraille pour protéger le flanc oriental de leurs possessions. Car tout au long du XIIe siècle, les Paramara luttent véritablement pour la survie de leur Etat, et leur capitale est pillée à plusieurs reprises par leurs voisins. En 1305, la mort du roi Mahalakadeva lors d’une bataille contre le sultanat de Delhi lui porte un coup fatal. Le royaume ne survit que quelques années avant d’être définitivement annexé.


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