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L’effondrement de la civilisation maya, un schéma répétitif ?

L’effondrement de civilisations entières est un phénomène connu, qu’il s’agisse par exemple de celui de la civilisation minoenne ou, plus récemment, de ceux connus par la civilisation maya. On connaît mal les causes ayant mené à de tels événements, d’autant plus que l’histoire des cités mayas reste encore largement obscure et parcellaire. Une équipe d’archéologues de l’université d’Arizona a cependant établi une chronologie extrêmement précise de l’histoire de la cité maya de Seibal, au Guatémala, grâce au carbone 14. Ce travail jette une nouvelle lumière sur les deux effondrements majeurs qu’a connu la civilisation maya, au IIe et IXe siècles de notre ère

Le site de Seibal

C’est le plus important de la région du Río Pasión, situé au Guatémala dans le département du Péten. Cette région est riche en vestiges qui livrent fréquemment de nouvelles découvertes, comme à Hoxmul où des tombes intactes ont été découvertes.

Le site de Seibal a été occupé depuis la période préclassique, particulièrement entre -400 et 200, puis la cité décline significativement durant la période suivante.

Un des temples de Seibal. Le site compte plusieurs groupes de construction monumentales.

En 735, elle essuie une défaite catastrophique contre le royaume de Petexbatun : toutes ses sculptures et stèles sont détruites, ce qui rend son histoire antérieure obscure. La cité n’est plus qu’un Etat vassal jusqu’à la destruction du royaume de Petexbatun à la fin du VIIIe siècle.

La cité maya de Seibal connaît alors un nouvel âge d’or vers 830, avec l’arrivée du roi Wat’ul Chatel, venu de la cité d’Ucanal plus à l’est. Au cours du IXe siècle, de 8 à 10000 personnes vivent sur le site et la cité reste active jusqu’à la fin du Xe siècle, alors que l’effondrement de la civilisation classique maya a déjà entraîné l’abandon d’une grande partie des cités.

Une chronologie affinée

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Les archéologues fouillent le palais royal incendié durant l’effondrement de la période classique au IXe siècle. Crédits : Takeshi Inomata, université d’Arizona.

Une équipe de l’université d’Arizona travaille sur le site depuis plus d’une décennie. Utilisant la datation au carbone 14 et les données issues des céramiques et de leurs fouilles archéologiques, l’archéologue Takeshi Inomata et ses collègues sont parvenus à établir une chronologie des hausses et diminutions de la population et des constructions de Seibal.

La datation au carbone 14 est une pratique déjà ancienne en archéologie, mais les progrès scientifiques permettent désormais une analyse de plus en plus précise. Dans le cas de Seibal, les chercheurs ont ainsi réalisé une datation très précise de l’histoire du site comptant plus de 154 dates, apportant une nouvelle lumière sur deux phénomènes très discutés et encore largement mystérieux ayant affecté la civilisation maya : l’effondrement de cette civilisation urbaine à deux reprises.

Un même schéma d’effondrement répétitif ?

Les archéologues débattent depuis déjà des décennies sur les causes de l’effondrement de la civilisation maya classique, survenue au IXe siècle de notre ère. Mais les recherches plus récentes avaient aussi mis à jour un effondrement antérieur, au cours du IIe siècle de notre ère, appelé l’effondrement préclassique – dont les causes comme le déroulement sont encore moins bien connus.

Takeshi Inomata et ses collègues, publiant le résultat de leur datation, suggère que les deux effondrements ont suivi des trajectoires similaires caractérisées par de nombreuses vagues d’instabilité sociales, de guerres et de crises politiques conduisant à l’abandon rapide de nombreux centres urbains. Ils considèrent aussi, à rebours de la plupart des autres chronologies, que les deux grands effondrements qu’a connu la civilisation maya se sont produits progressivement. Ils seraient le fruit de schémas complexes alternant crises politiques et rétablissements.

Dans les deux cas, préclassique comme classique, on assisterait à d’abord à des vagues d’effondrement de moindre ampleur, liées à des guerres ou à une instabilité politique. Puis viendrait l’effondrement majeur, au cours duquel de nombreuses cités sont abandonnées. Par la suite, certaines cités se relèvent, avant qu’un dernier effondrement n’entraîne leur abandon quasi complet.

Si elle ne résout pas le mystère des causes ayant mené aux effondrements des périodes préclassique et classique, cette nouvelle chronologie met cependant en lumière leur similitude, malgré les 7 siècles qui les sépare. Par ailleurs, la meilleure connaissance du processus d’effondrement de la cité maya de Seibal pourrait permettre de le comparer à d’autres sites de la zone et ainsi vérifier si le même schéma peut être généralisé.

 

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Une réflexion sur “L’effondrement de la civilisation maya, un schéma répétitif ?

  • Alain Valade

    Comment peut-il y avoir eu un effondrement des villes du sud de la péninsule du Yucatan pendant que les villes du nord continuaient de prospérer ? Comme si il y avait eu une tragédie qui aurait tracé au couteau une limite ? Il faut une théorie qui explique bien sûr pourquoi on aurait quitté les villes du sud car ça devait être très important puisque c`était leur culture , bâtisses et infra-structures depuis très longtemps ? Et en plus cette théorie doit expliquer pourquoi on ne serait pas revenus puisque tout était là ? Je ne vois qu`une seule chose qui pourrait expliquer leur départ et leur refus d`un retour , en plus d`expliquer pourquoi les Mayas du nord continuaient de prospérer : Un tsunami aurait envahi les terres à partir de l`océan sur une bonne distance ( 4 , 5 kilomètres ? ) aux alentours du Bélizé et , bien sûr , cette eau salée se serait mélangée aux eaux potables des cénotes ! N`oublions pas que les cénotes communiquent tous entre eux donc sur une bonne distance il y aurait eu bien des villes contaminées par ces eaux . En temps de sécheresse les Mayas n`ayant plus d`eau de pluie doivent se tourner vers des cours d`eau mais dans ces régions les rivières et lacs sont rares de sorte qu`ils ne leur restait que les cénotes pour passer au travers donc avec des cénotes inutilisables il devenait évident que toute la région contaminée devait être quittée . Donc les gens des villes du sud sont montés vers le nord et l`augmentation drastique des populations du nord en les accueillant a dû être extrêmement difficile à gérer . J`aime l`harmonie dans une théorie et , ici , ça semble coller ou en tout cas semble acceptable pour expliquer la bizarrerie de la situation . On a dû bien sûr revenir sur place bien des fois pour évaluer la situation mais après 5 ou 10 ans ( ? ) on a dû jeter l`éponge . Combien de temps faudrait-il en théorie pour ces cénotes de se désaliniser via l`ajout des eaux de pluie ? Et au travers l`Histoire , combien de fois est-ce arrivé car le jeu salé/déssalé a dû se produire bien des fois comme le flux et le reflux de la marée ? Je n`y connais rie mais je pose la question .

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