Castel di Guido : une villa impériale romaine sauvée des pilleurs
Ce sont des fouilles illégales qui ont mené les archéologues jusqu’au trésor. À Castel di Guido, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Rome, une villa romaine de l’époque impériale vient de réapparaître. Mosaïques fines, murs peints, statue de marbre : la résidence dormait sous un champ. Il a fallu une fouille illégale pour la réveiller.
Un pillage qui tourne à la découverte.
En février, la police signale à la Surintendance spéciale de Rome des creusements illégaux sur des terres publiques de la Région du Latium. Le 16 février, l’alerte est donnée. Le 23, le site est sécurisé et placé sous surveillance, dans le cadre d’une opération conjointe avec les carabiniers chargés de la protection du patrimoine.
Le constat est amer. Les pilleurs ont travaillé à la pelle mécanique. Des tranchées profondes ont entaillé les structures antiques. Des pans de murs sont restés exposés, vulnérables, au milieu de tas de terre abandonnés. Les dégâts sont réels.
Plutôt que de s’en tenir à l’enquête judiciaire, les autorités font un choix : transformer le saccage en chantier scientifique. Sous la direction de l’archéologue Alessia Contino, une fouille contrôlée documente et protège ce qui peut l’être. Le pari est gagnant.
Lorium, le refuge des empereurs antonins.
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter le temps. Aujourd’hui plus grande ferme publique d’Italie, Castel di Guido produit tournesols, huile d’olive et viande bovine. Il y a deux mille ans, le site s’appelait Lorium. C’était une halte prisée, au douzième mille de la Via Aurelia.
Le lieu n’a rien d’anodin. La dynastie des Antonins y avait ses attaches. Hadrien y séjournait souvent. Son successeur, Antonin le Pieux, y fit bâtir sa résidence et y mourut en 161 de notre ère. Le jeune Marcus Aurèle y passa lui aussi quelques années formatrices. Bref, on marche ici sur les terres du pouvoir impérial.
Mosaïques, fresques et un atrium de prestige.
Malgré les dégâts, les archéologues ont dégagé des pièces remarquablement conservées, avec des murs encore hauts d’un mètre cinquante. La villa s’organisait autour d’un atrium monumental doté d’un impluvium, ce bassin central qui recueillait l’eau de pluie, rafraîchissait la maison et affichait la prospérité du propriétaire.
Quatre pièces entourent l’atrium. Trois conservent encore leurs sols de mosaïque, ornés de motifs géométriques et végétaux, rehaussés d’incrustations de marbres colorés et de seuils décorés. Des fragments d’enduit peint évoquent des parois habillées de panneaux colorés, avec figures humaines et motifs floraux. Un bassin enduit de cocciopesto et des espaces de travail complètent l’ensemble. Le luxe domestique côtoyait la production agricole, un trait classique des grands domaines ruraux romains.
Silvanus, le dieu paysan retrouvé dans l’impluvium.
La trouvaille la plus parlante reposait dans l’impluvium. Une statue de marbre blanc, fragmentaire, haute d’environ 80 centimètres. Elle représente un homme barbu portant un panier décoré d’oiseaux et de fruits.
Les chercheurs avancent une hypothèse : il pourrait s’agir de Silvanus, divinité des forêts, des champs et de la prospérité agricole. D’autres lectures restent possibles, mais le symbole colle parfaitement au cadre rural du domaine. Le dieu paysan veillant sur une villa nourricière : l’image a du sens.

Une demeure d’aristocrates proches du trône.
Mosaïques, marbres, peintures, sculpture : tout indique un propriétaire de haut rang. La villa rejoint la série des résidences cossues déjà connues dans le secteur. Elle a sans doute appartenu à une famille aristocratique liée à la cour impériale.
Les premiers indices situent sa construction dans la première moitié du Ier siècle de notre ère, puis un abandon progressif au IIIe siècle de notre ère. Céramiques, éléments d’architecture et objets décoratifs affineront cette chronologie.
Pour célébrer cette découverte née d’un délit, les autorités italiennes ouvrent le site au public le 20 juin, lors de deux promenades archéologiques guidées et gratuites. Les visiteurs y verront les vestiges et les mosaïques en cours de restauration. Un patrimoine impérial arraché aux pilleurs, rendu à tous.
Crédits photographiques: © Soprintendenza Speciale di Roma / Ministère italien de la Culture.
Sources

